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XIVe-XIXe siècle

Italie

 Le musée abrite une collection italienne présentant des œuvres du XIVe au XIXe siècle.

Les objets

Peinture

Alessandro ALLORI, "Suzanne et les vieillards"

1561

Ce sujet souvent représenté en peinture est tiré d’un texte appendice au Livre de Daniel. Les deux vieillards, obsédés par la beauté d'une jeune femme nommée Suzanne, décident de la surprendre pendant son bain dans son jardin pour raconter qu'elle les a attirés, et ruiner sa réputation. Le peintre a dramatisé la scène : Suzanne est en danger de viol, comme le montrent l'expression avide des vieillards et la brutalité crue de leurs gestes. Le refus de la jeune femme se lit dans le regard effrayé, la crispation du visage et l'énergie des mains pour écarter les agresseurs. À la Renaissance, l'histoire des martyrs ou les épisodes bibliques servaient fréquemment de prétexte aux artistes pour peindre de beaux nus. En 1561, année de l’exécution de ce tableau, Alessandro Allori est rentré d’un séjour de six années dans la Ville éternelle. La carrure monumentale du vieillard de gauche signale l’influence de Michel-Ange. Mais la culture de l’œuvre est plutôt florentine : les contours fermes, le corps de Suzanne évoquent les modèles de Bronzino, maître d’Allori. La vigueur des tons acides, jaunes et bleus-verts, la facture lisse et soignée, le réalisme des visages, la présence anecdotique du chien, la préciosité des tissus ou de l’ornement de la chevelure sont empruntés à l’art flamand, présent dans les collections des Médicis à Florence. La recherche décorative, la densité des motifs, la ligne serpentine du corps nourrissent cet « art pour l’art » caractéristique du courant maniériste.

Suzanne et les vieillards
© (c) RMN-Grand Palais (musée Magnin) / A. Berlin
Alessandro ALLORI, "Suzanne et les vieillards"

Peinture

Giovanni Battista CRESPI, "La Visitation"

vers 1598-1600

Une restauration réalisée en 1980 a rendu vie au coloris des vêtements : laque carminée et rose pâle pour celui de la Vierge, mauve parme et jaune d’or pour ceux d’Élisabeth et de Joseph. Des accents lumineux raffinés parcourent les habits des deux personnages. Les mouvements enveloppant des vêtements, des bras et des corps, le point de vue qui représente les figures par dessous, le corps de Joseph coupé à gauche ou le profil perdu d’Elisabeth donnent à la composition un aspect encore maniériste. L’artiste s’est nourri de la sève des fresques romaines de Baroche. Le fond rustique tient plus des peintres flamands de Rome que de la tradition lombarde. Comme Le Repos pendant la fuite en Égypte conservé à l’Ashmolean Museum d’Oxford (de même format et sur le même support), il s’agit d’une œuvre de jeunesse du peintre lombard. Son style raffiné et précis va rapidement évoluer vers une peinture monumentale et puissante (cf la Vie de Saint Charles Borromée, au musée de la Cathédrale à Milan).

La Visitation
© (c) RMN-Grand Palais (musée Magnin) / Franck Raux
Giovanni Battista CRESPI, "La Visitation"

Peinture

Bernardo STROZZI, "Portrait de Giovan Donato Correggio en Persée"

vers 1631

Dans ce portrait mythologique d’un marchand vénitien anobli, la souplesse de la touche, la gestuelle large, la luminosité de l’incarnat et la densité de la matière sont typiques des premières années de l’artiste génois Bernardo Strozzi à Venise. La liberté de la composition, l’invention narrative et l’humour mêlé d’ironie ont remplacé les modèles nordiques diffusés à Gênes par Pierre-Paul Rubens et Antoon van Dyck, mais les rouges, les blancs et verts foncés sont ceux de la période génoise de l’artiste. Dans la quinzaine de versions de David à la tête de Goliath ou de Judith à la tête d’Holopherne peints par Strozzi, le personnage, représenté à mi-corps et de trois-quart, tient une arme dans la main droite et la tête du vaincu dans l’autre. La source de cette composition réside dans le David que Simon Vouet avait peint à Gênes en 1621. Plutôt que la composition habituelle du héros tenant la tête de la Gorgone par les cheveux, celle-ci est représentée sur la rondache. Il n’est pas surprenant que l’artiste, qui fréquentait des lettrés, ait choisi un type iconographique que l’on trouve sur des pièces de monnaie, gemmes et sculptures romaines. Dans les rites antiques d’initiation masculine, Persée jouait, aux côtés d’Apollon, un rôle important et représentait l’idéal de l’éphèbe. Ce tableau témoigne du goût pour la mascarade et le travestissement, caractéristiques du théâtre et de la Venise baroque. Cette culture rend possible l’ambivalence entre la flatterie du portraituré qui se pare des atours du héros, et l’ironie du peintre qui, en scrutant la vérité de son modèle, restitue une nonchalance et une bonhommie bien éloignées du mythe.

Portrait d'un homme en Persée
© (c) RMN-Grand Palais (musée Magnin) / Michel Urtado
Bernardo STROZZI, "Portrait de Giovan Donato Correggio en Persée"

Peinture

Giovanni Francesco ROMANELLI, "Moïse et les filles de Jethro"

Entre 1655 et 1657

Ce tableau a été peint entre 1655 et 1657, lors du deuxième séjour de Giovan Francesco Romanelli en France. Ce sont en effet les fresques et tableaux de chevalet peints pour les appartements d’Anne d’Autriche dans la Petite Galerie du Louvre et datant de cette période qui offrent le plus de termes de comparaison avec ce tableau : même composition aérée à quelques personnages sur un fond de paysage lumineux et serein, présentation de ceux-ci en frise, style et coloris raffinés, douceur des jeux d’ombre et de lumière, grande souplesse des lignes et des enchaînements, couleurs claires. Ces œuvres, par leur tendance à l’idéalisation, par leur style classicisant et mesuré, reflètent les influences que l’élève de Pierre de Cortone put recevoir de la peinture française contemporaine, d’un Eustache Le Sueur ou d’un Laurent de La Hyre.

Moïse et les filles de Jethro
© (c) RMN-Grand Palais (musée Magnin) / Michel Urtado
Giovanni Francesco ROMANELLI, "Moïse et les filles de Jethro"

Peinture

Gaspare TRAVERSI, "La Séance de portrait"

vers 1755-1760

Cette composition, peinte vers 1750, fut chère à Gaspare Traversi, puisqu’on en connaît deux autres versions, à Rouen et à Kansas City aux États-Unis. Traversi a autour de vingt ans lorsqu’il peint ces tableaux et subit l’influence de Giuseppe Bonito (1707-1789), décelable dans l’aspect caricatural donné aux personnages. On sait également que l’artiste fut attiré par les écrits satiriques d'un dramaturge napolitain, le baron de Liveri, chez qui il puisa peut-être l’ironie mordante et l’humour grinçant de ses personnages. Les peintures de Traversi, contemporain de Voltaire et en phase avec les tendances anti-académiques de la culture napolitaine des Lumières, sont autant d’essais de critique socio-morale ; il semble traiter ici des « parvenus », nouveaux acteurs de la « scène » sociale. Caricature ou peinture de caractère (La Bruyère n’est pas loin), l’artiste ne pouvait ignorer le fameux traité du napolitain Giambattista della Porta, Fisiognomia dell’uomo. Dernier surgeon du caravagisme, prophète de l’illuminisme européen, contemporain de William Hogarth, Traversi est le peintre de la comédie humaine dont il n’ignore ni les illusions ni la tragique gravité.

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© (c) RMN-Grand Palais (musée Magnin) / Franck Raux
Gaspare TRAVERSI, "La Séance de portrait"

Peinture

Giovanni Battista TIEPOLO, "Mucius Scaevola et Porsenna"

vers 1726-1727

Cette petite toile est un modello pour l’un des dix Faits de l’histoire romaine qui ornaient jadis le palais Dolfin à Venise ; le tableau correspondant est aujourd’hui au musée de l’Ermitage, à Saint-Pétersbourg. Dans cette version finale, la statue colossale dominant la scène – à laquelle Tiepolo donne une animation humaine - a disparu, peut-être sur la demande du commanditaire. L’insertion des dix toiles monumentales dans un salon explique le format très étiré ; les marches aident ainsi à étager la composition dans la hauteur.   Porsenna, roi des Étrusques, assiège Rome. De nuit, un Romain du nom de Scaevola s’introduit dans le camp adverse dans le but de tuer Porsenna mais, au lieu du roi, il abat par erreur son secrétaire. Arrêté par les gardes royaux, Mucius Scevola maintient sa main au-dessus d’un brasero et jure devant Porsenna que, même s’il est exécuté, d’autres Romains aussi intrépides que lui viendront pour le tuer. Devant un tel courage, Porsenna le fait relâcher et finit par lever le siège. Avec un coloris superbe, l’artiste évoque, par la mise en lumière du Romain, l’héroïsme du geste sacrificiel qui conduira à la victoire. - See more at: http://preprod.musee-magnin.fr/objet/mucius-scaevola-et-porsenna#sthash.3VL2lqvj.dpuf Cette petite toile est un modello pour l’un des dix Faits de l’histoire romaine qui ornaient jadis le palais Dolfin à Venise ; le tableau correspondant est aujourd’hui au musée de l’Ermitage, à Saint-Pétersbourg. Dans cette version finale, la statue colossale dominant la scène – à laquelle Tiepolo donne une animation humaine - a disparu, peut-être sur la demande du commanditaire. L’insertion des dix toiles monumentales dans un salon explique le format très étiré ; les marches aident ainsi à étager la composition dans la hauteur.   Porsenna, roi des Étrusques, assiège Rome. De nuit, un Romain du nom de Scaevola s’introduit dans le camp adverse dans le but de tuer Porsenna mais, au lieu du roi, il abat par erreur son secrétaire. Arrêté par les gardes royaux, Mucius Scevola maintient sa main au-dessus d’un brasero et jure devant Porsenna que, même s’il est exécuté, d’autres Romains aussi intrépides que lui viendront pour le tuer. Devant un tel courage, Porsenna le fait relâcher et finit par lever le siège. Avec un coloris superbe, l’artiste évoque, par la mise en lumière du Romain, l’héroïsme du geste sacrificiel qui conduira à la victoire. - See more at: http://preprod.musee-magnin.fr/objet/mucius-scaevola-et-porsenna#sthash.3VL2lqvj.dpuf Cette petite toile est un modello pour l’un des dix Faits de l’histoire romaine qui ornaient jadis le palais Dolfin à Venise ; le tableau correspondant est aujourd’hui conservé au musée de l’Ermitage, à Saint-Pétersbourg. Dans cette version finale, la statue colossale dominant la scène - à laquelle Tiepolo donne une animation humaine - a disparu, peut-être à la demande du commanditaire. L’insertion des dix toiles monumentales dans un salon explique le format très étiré ; les marches aident ainsi à étager la composition dans la hauteur. Porsenna, roi des Étrusques, assiège Rome. De nuit, un Romain du nom de Scaevola s’introduit dans le camp adverse dans le but de tuer Porsenna mais, au lieu du roi, il abat par erreur son secrétaire. Arrêté par les gardes royaux, Mucius Scaevola maintient sa main au-dessus d’un brasero et jure devant Porsenna que, même s’il est exécuté, d’autres Romains aussi intrépides que lui viendront pour le tuer. Devant un tel courage, Porsenna le fait relâcher et finit par lever le siège. Avec un coloris superbe, l’artiste évoque, par la mise en lumière du Romain, l’héroïsme du geste sacrificiel qui conduira à la victoire.

Mucius Scaevola et Porsenna
© (c) RMN-Grand Palais (musée Magnin) / Michel Urtado
Giovanni Battista TIEPOLO, "Mucius Scaevola et Porsenna"