Sculptures
Quelques sculptures de la collection.
Les objets
Sculpture
Allemagne, vers 1500, "Saint André"
Début du XVIe siècle
Cette sculpture taillée dans une pièce de tilleul, en Allemagne du Sud au début du XVIe siècle, devait sans doute être placée dans la caisse d’un retable. Au revers, des entailles et des traces de clous sont visibles : ils servaient à fixer la croix en X de saint André. L'œuvre était recouverte d’une riche polychromie. La restauration a permis de remettre en lumière les restes et les dorures d’origine, après avoir supprimé les repeints. Le visage du saint, émacié, aux yeux étirés et à la bouche entrouverte, a une profonde intensité. La barbe et les cheveux, dans leur rendu systématique et quelque peu simplifié, donnent une note presque décorative. Un ample manteau doré à l’extérieur, aux nombreux plis raides et cassés, laisse deviner le mouvement de sa jambe gauche légèrement repliée.
Sculpture
Espagne, XVIe siècle, "Saint Jean l'Évangéliste"
XVIe siècle
Ce relief de l’école espagnole du XVIe siècle, représentant Saint Jean l’Évangéliste, est posé sur un lutrin en bois doré, production française du XVIIIe siècle. Selon l'iconographie habituelle, on trouve aux côtés de saint Jean, auteur d'un Évangile et de l'Apocalypse, son attribut : l'aigle. Jean est le plus jeune des douze apôtres, c'est pourquoi il est courant de le représenter le visage joufflu et imberbe. Le personnage, vu en pied, occupe entièrement l'espace. Sur les côtés sont rejetés l'encrier dans lequel saint Jean trempe sa plume et l'aigle qui soutient de sa tête le Livre Saint. Cette œuvre faisait sans doute à l'origine partie d’un ensemble de reliefs représentant les quatre évangélistes et ornant la partie inférieure d’un grand retable espagnol. La polychromie de l'œuvre est typique des sculptures espagnoles de la Renaissance et de l'époque baroque. La technique du sgraffito - qui consiste à gratter avec un stylet la peinture presque sèche qui recouvre l'or pour faire réapparaître celui-ci - était aussi utilisée aux Pays-Bas et en Allemagne, pour imiter des étoffes, comme ici le manteau de saint Jean, mais ce procédé est caractéristique de l'art hispanique à partir des années 1520.
Sculpture
d'après Martin DESJARDINS, "Hercule couronné par la Gloire"
entre 1671 et 1726
Il s’agit d’une réplique du morceau de réception du sculpteur Martin van den Bogaert, dit Desjardins, présenté à l’Académie en 1671, aujourd’hui conservé au musée du Louvre (H. 77 ; L. 74 cm). Hercule triomphant, en appui sur sa massue et vêtu de la peau du lion de Némée, foule de ses pieds la dépouille de l’Hydre de Lerne. À gauche, la Gloire s’apprête à couronner Hercule. La différence de dimensions entre les deux œuvres s’explique par les ajouts sur la version du musée Magnin : le prolongement de l’arbre dans la partie supérieure et les motifs floraux dans la partie inférieure. La guivre ou serpent, emblème des Lantin, fut également ajoutée. Ce dernier motif se retrouve également dans les métopes du plafond de l’escalier du musée et nous rappelle que les Lantin furent à l’origine de la construction de l’hôtel. On peut aisément supposer que ce relief fut réalisé entre 1671, date de la réception de Desjardins à l’Académie, et 1726, date de la vente de l’hôtel par la famille Lantin. Né à Breda aux Pays-Bas, Martin van den Bogaert s’établit avant 1661 en France où il francise son nom en Desjardins. Il s’inscrit parfaitement dans le jeu d’échanges qui anima la vie artistique du XVIIe siècle. Depuis le début du siècle, nombreux furent les artistes flamands mais aussi néerlandais qui firent leur apprentissage à Paris et qui, pour certains, s’y installèrent. Membre de l’Académie, jouissant d’une réputation bien installée, Desjardins reçut de nombreuses commandes dans différentes églises parisiennes, au collège des Quatre-Nations ou à la Porte Saint-Martin. Il collabora au décor de la façade du château de Versailles et du parc, mais son nom reste surtout attaché au monument à la gloire de Louis XIV qui fut inauguré en 1686 place des Victoires. Cet ensemble démantelé est aujourd’hui conservé en partie au musée du Louvre.
Sculpture
d'après LE BERNIN, "La bienheureuse Ludovica Albertoni"
entre 1674 et 1710
L’effigie de celle qui consacra sa vie au secours des pauvres du quartier populaire romain de Trastevere fut exécutée par Le Bernin en 1674, pour l’autel surplombant le caveau de la sainte, dans la chapelle familiale de l’église San Francesco a Ripa. L’iconographie est inspirée de la biographie écrite à l’occasion du procès en béatification, qui eut lieu en 1671 : terrassée par la fièvre qui devait l’emporter en 1533, Ludovica trouva réconfort dans l’Eucharistie, en attendant impatiemment la mort pour s’unir au Christ. La position des mains, la cambrure du corps et l’agitation du vêtement traduisent les dernières convulsions. La sculpture fut assez célèbre pour engendrer copies et réductions. La terre cuite du musée Magnin est conforme au marbre original et fut sans doute exécutée par un membre de l’atelier de l’artiste. Sa particularité est d’avoir été conçue comme un ouvrage en ronde bosse : le revers présente un caractère fini. Cette réduction semble donc un objet de délectation destiné à un amateur. Elle témoigne d’une évolution du goût : l’engouement pour les terres cuites, qui prend son essor au XVIIIe siècle, et surtout la modification du regard sur la sculpture religieuse du XVIIe siècle. On n’y voit plus la mystique vibrante, l’austère leçon de l’art de bien mourir, mais une image sensuelle et ambigue qui s’attache à la délectation esthétique, dans un matériau et un format en adéquation avec le caractère intime de ce plaisir.
Sculpture
Auguste PRÉAULT, "La Vague"
1856
C’est la seule esquisse en terre conservée d'Auguste Préault, issue paradoxale pour un sculpteur dont on a loué le pouce fiévreux. On ignore le titre que l'artiste donnait à cette œuvre et si elle représentait une de ces ondines évoquées par la littérature fantastique de l’époque. Connaissant le peu de goût de Préault pour les petits objets, on peut penser que cette esquisse a été faite pour une exécution à une autre échelle. Avec le vase qu'elle tient dans sa main gauche, elle est peut-être une parèdre des figures décoratives de fleuves, traitée avec la part de mystère propre à cet artiste. La face présente un nu féminin en fort contraposto et une étude anatomique très poussée et presque caricaturale de la musculature, sur le modèle plastique de Michel-Ange. Bien qu’en fort relief, le nu féminin se détache sur un fond : il est travaillé en haut relief, domaine où Préault était parfaitement à l’aise. Le mouvement de la vague est traité comme une draperie passant au-dessus de la tête, avec un graphisme exacerbé au dos. Les volutes aquatiques ne sont pas sans évoquer la célèbre estampe d’Hokusai et les variations décoratives de l’Art Nouveau. Mais l’emportement sauvage, l’accentuation presque caricaturale des traits et l’originalité avec laquelle est traité ce thème décoratif rappellent le caractère inclassable de l’art de Préault.